C'est pas une photo de la NASA. C'est juste l'ombre de mon ip5s

C’est pas une photo de la NASA. C’est juste l’ombre de mon ip5s sur ma dernière pièce.

Fleur, 2014.

Avant le jour


Privés de leurs astres, ils s’étaient enfouis dans une ancienne cave à kilowatts, une salle vaste et sans chaleur, un grand théâtre désaffecté.
Au début, ils ouvraient et fermaient indifféremment les yeux. Les regards se perdaient dans le noir. Les mains aveugles fouillaient le vide ou glissaient sur le sol gelé et poli par l’usure.
Ici, personne ne niait que les couleurs du ciel et de la terre se mêlent et se confondent. Nul horizon ne rayait, ni ne découpait le paysage.
Plus tard, les plus industrieux réussissaient à prélever sur les parois de leur refuge, dont ils supposaient les surfaces réfléchissantes, des plaques de plus en plus grandes qu’ils taillaient ensuite en forme de pétale de fleur, avant de les assembler en cônes légers, concaves ou convexes, pour constituer une sorte de capteurs réflecteurs, avec lesquels ils sondaient machinalement un univers béant et sans repère.
L’éclat des souvenirs, plus souvent qu’un nuage de photons fossiles à la dérive, effleuraient la peau de leurs dispositifs. Des images imprécises, inversées ou à l’envers, jaillissaient, tandis que ce brassage lumineux s’accompagnait d’un léger sifflement, qui, amplifié par des systèmes similaires, composait des musiques.
Un vent chromatique soufflait sur l’océan d’obscurité.
Ils restaient alors, immobiles, pendant des heures, hébétés ou hypnotisés. Certains tentaient de reconfigurer mentalement le monde qui leur avait échappé et que la plupart commençait à oublier. D’autres, avaient déjà remarqué qu’en se frottant simplement les yeux, ils pouvaient observer, dans l’épaisseur de leurs paupières, des compositions géométriques et mouvantes, en noir et blanc.
Malgré l’émission significative de couleurs très brillantes, rien ne permettait d’en figer ou d’en désigner une seule, tant elles semblaient procéder les unes des autres, dans un jeu de reflets et de mutations constant. Lorsqu’elles s’assombrissaient, elles se réchauffaient, se densifiaient. Parfois, elles s’animaient d’un battement lent et lourd, presque dramatique. Lorsqu’elles s’illuminaient, elles se déployaient. Elles s’irisaient, cristallisaient. Une rosée métallique les enveloppait.
On peut dire que tout était le fruit de l’imagination. Mais il suffisait que plusieurs imaginent la même chose, pour que cela devienne un monde réel.
Sur la porte étanche et blindée qu’ils avaient refermée sur eux, quelqu’un avait gravé, dans une langue, que depuis, nous avons réussi à traduire: « L’univers se tient dans une bulle dont la paroi, saturée de toutes les projections, est parfaitement blanche, comme l’écran du cinéma sur lequel on regarde le film, lorsque toutes les lumières ont été éteintes. »
Au cours de nos recherches, nous avons relevé plusieurs inscriptions de ce type. Bien que plus récente, mais parce qu’elle nous rappelle une phrase de Goethe, que nous citerons juste après, nous rapportons celle-ci: « On ne voit autant, qu’à la lumière, qu’à travers l’obscurité. »
« Le bleu du ciel nous révèle la loi fondamentale de la chromatique. »¹

¹ J.W. Gœthe, Traité des couleurs, 2 ième éd. revue et augmentée, Paris, Triades, 1980, page 59.

Fontaine

C’est drôle comme les murs peuvent parfois se confondre avec le ciel. Je pense à ces expressions « aller dans le mur » et « aller au ciel ». Souvent dans les rêves, le mur symbolise la mort. Et après la mort, on dit qu’on va au ciel. Enfin, ceux qu’ont été gentils. Les autres on leur a coupé la tête. Elles servent maintenant de robinets à la fontaine du village.

Gaucin, juillet 2015.