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galerie de multiples
17, rue Saint Gilles 
75003 Paris
du mardi au samedi
de 11h à 19h
+33 (0)1 48 87 21 77
www.galeriedemultiples.com



Du 12 janvier au 3 mars. 2012, gdm présente 

- 3000

Vincent Beaurinhttp://www.galeriedemultiples.com/VINCENT_BEAURIN_6.htmlshapeimage_4_link_0
http://laurentgodin.com/

12012012


Cher Vincent (Beaurin),

Ma première visite de ton atelier en 2003 m’a permis de découvrir avec jubilation la singularité de ton travail. Depuis les années 80, tu entretiens une relation passionnante avec les objets.

Ce qui m’avait en premier lieu intéressé ce sont les outils à la fois rudimentaires et ingénieux avec lesquels tu sculptes. Grattoir, clou, lame de scie, passoire, parmi d’autres. Pourquoi ? Parce que tu vises l’économie qui, pour toi comme pour moi, constitue l’indépendance suprême. Comme tu me l’as dit un jour joliment « tu arrives sur une plage, tu trouves un caillou et tu repars avec un outil ! ».

Tu sculptes le polystyrène. C’est léger le polystyrène. Comme la neige des Ardennes d’où tu viens. C’est « proche du degré zéro de matérialité » dis-tu souvent. Tantôt ça scintille, tantôt c’est mat et sourd. Tout dépend du mélange que tu appliques dessus, calcite, silex, paillettes, ardoise, quartz, marbre. Aujourd’hui encore c’est de l’extrait de roche que tu utilises, mais l’épiderme  de la pierre a changé, le biface notamment a disparu et avec lui une certaine violence.

J’ai compris en observant l’évolution de ton travail ces dix dernières années, qu’une de tes activités favorites est de faire des statues. Pour toi ce sont des socles surmontés de figures. Comme une pratique qui ressemble à une sorte de rituel, où tu répètes certains gestes. Tu représentes des corps. Celui des animaux. Tu les réduis en des volumes tendus et maintenus seulement par la peau des pierres qui les enveloppe. Lorsqu’à l’atelier  j’ai  découvert en novembre dernier « Bastet », une des dernières statues que tu as préparé pour ton exposition chez Laurent Godin, je devine que tu as gratté, pris dans la masse, caressé cette forme, dans un travail à demi physique à demi méditatif. Je le sais. « Bastet » est le personnage central de ta prochaine exposition.

Elle est en gloire, sereine, élégante. C’est une déesse envoyée par le dieu solaire Ré pour punir les hommes de leur arrogance ! C’est à travers elle que tu choisis de représenter la puissance. Parce que l’humain est peut-être le parasite absolu non ?

Tu m’as confié que « Bastet » est un avatar et non pas une copie de celle conservée au Musée Louvre et dont tu sublimes l’élégance égyptienne. « Bastet » est vraiment là. Je te crois.

Car dans ton univers il n’y a aucune discontinuité entre les ordres de la nature : animal, minéral et végétal . Il n’y a pas non plus de ruptures entre les différentes époques, entre la représentation et la chose représentée, entre l’art et la nature.

Tu places « Bastet » en majesté avec ses ornements. Tu lui voues un « culte » assumé. Au même titre que les mosaïques dans les mosquées, tu l’entoures de palets. Comme la touche de Cézanne, tu vises la répétition du motif en vue d’un développement, d’un rapport au caractère expansif de l’univers, à la nuée, à l’abstraction comme vision ouverte, comme voie. Cela désaffecte le travail.

Dans ce sens c’est proche d’une mécanisation comme celle de la touche de pinceau de Cézanne, dieu des peintres et source pour toi.

Cette touche, même plus visible, est une image de radicalité que nous retrouvons tout au long du XXème siècle, où la systématisation des éléments qui constituent les œuvres vise l’essentiel (Ad Reinhardt, Buren…). Ce qui domine c’est l’œuvre en tant que dispositif, en tant que machine qui fonctionne et non plus comme l’œuvre spontanée et magnifique mais qui n’existe plus après l’âge de dix ans.

Même en tant que sculpteur ta référence a été le tableau, celui de Cézanne bien sûr, de Fra Angelico, de Piero della Francesca. Comme eux certaines de tes formes-couleurs sont élaborées en fonction de l’observation du monde, du lointain, du paysage, urbain ou bucolique, à différents moments de la journée « à différentes météos…quand l’orage arrive, que la terre va vers le ciel, que les nuages sont noirs, ou le bleu du ciel derrière en fin d’après-midi va s’apaiser » m’as-tu dit lors de mon dernier passage à l’atelier. « Après l’orage le ciel s’est dégagé, le soleil a réapparu ».

La recherche formelle ne n’est pas le principal enjeu de ta prochaine exposition. La recherche chromatique s’affirme comme une préoccupation cardinale aujourd’hui.

Tu sembles aller vers l’abstraction radicale, ultime, ou le volume, plus que la forme compte. La série des « capsules », de formes anthropiques font apparaître des couleurs qui ne sont plus identifiables. Tu fais des mélanges complexes de sables colorés, jusqu’à ce que les couleurs ne puissent plus être désignées. Tu englues les « capsules » au rouleau, un peu comme une pommade et tu les saupoudres de sable, geste que tu connais depuis longtemps. Mais bien qu’essentiel pour toi, le processus n’est pas l’enjeu. Et l’enjeu est passionnant : son objet de départ est l’image rémanente. L’image rémanente est ce qui persiste quand la première image a disparu. C’est, en quelque sorte, l’empreinte fossile de la couleur sur la rétine.

Comme l’a énoncé en 1839 le chimiste Chevreul dans un ouvrage intitulé De la loi du contraste simultané des couleurs et de l'assortiment des objets colorés, une couleur en soi n’existe donc pas. Elle existe en fonction des couleurs qui l’entourent. Ce que les artistes savaient avant Chevreul. C’est donc l’organe qui projette quelque chose et c’est ce qui t’intéresse. On reste dans le perceptible, l’altération et le sensible, mais cette observation ne peut conduire qu’à une abstraction. Toutes les couleurs sont excitées par les autres. Elles jouent par juxtaposition, par superposition jusqu’au bord de l’épuisement de l’œil .Tu as également lu « Le traité des couleurs » de Goethe paru en 1810, particulièrement le chapitre qui concerne les couleurs physiologiques, celles que l’œil produit après avoir été sollicité par une image ou par une simple pression du doigt sur la paupière.

Chacune de tes formes-couleurs a un double, qui est constitutif de la nature de l’objet de départ. Ainsi chaque image rémanente ou chaque double à un autre double…vers une espèce de profondeur…comme « Bastet » est un avatar et non une copie.

Lorsque tu élabores tes couleurs tu tiens compte de tout ça. Tes formes-couleurs se signalent à travers deux couleurs qui s’articulent vers une plénitude. Tout est bien affaire d’articulation, de relation et de constellation. Et d’équilibre.

Ce que tu exposes avec cette série c’est qu’une couleur a conscience de tous ses doubles, qu’elle est constituée de ce que l’œil va projeter. C’est l’ensemble du spectre qui permet d’accomplir l’équilibre que tu recherches.

Les murs de l’atelier de Cézanne sont gris. Tu le sais cela permet d’optimiser l’observation des altérations chromatiques. Placées sur un mur gris, les œuvres sont concentrées sur elles-mêmes, au repos. Ce soir dans ton exposition, elles seront accrochées sur des murs blancs. Elles vont alors se tendre, se préciser. Et comme tu le dis « parler aux yeux ».

Tous mes vœux pour 2012

Amicalement

Claire (Le Restif)

Bastet   2011

boite en bois, plâtre, résine époxy, sable de quartz

31,5 x 22,5 x 12 cm

Édition gdm

7 exemplaires numérotés et signés,

dont un sur socle et deux tirages d’artiste.

Photographie Grégory Copitet

Triptyque bleu   2011

polystyrène, résine époxy, sable de quartz

trois fois Ø 66 x 22 cm

http://www.laurentgodin.com